Le tri en question avec le directeur de Valodea

Juste avant Noël, je vous proposai de faire un point sur le tri pour lequel les consignes ont changé dans les Ardennes depuis septembre.  Tous les emballages ménagers peuvent désormais être jetés dans les sacs plastiques (du moins c’est leur couleur à Charleville-Mézières). Je vous annonçais aussi une prochaine interview du directeur de Valodea, Jérôme Castello pour apporter quelques précisions sur cette nouvelle affaire. La voici enfin. Pourquoi les Ardennnes sont-elles pilotes ? Quel coût ? Comment le tri fonctionne ? Les réponses ci-dessous.

« Nous sommes descendus à environ 12% de refus entrants, soit environ 1900 tonnes »

@Nathdit : Pourquoi le département a-t- il été retenu parmi les pilotes pour ce projet d’eco-emballage ?

Jérôme Castello : « Nous avons un centre de tri moderne qui permettait de traiter ces nouvelles consignes avec un minimum d’adaptation, de plus nos consignes de tri sont identiques et homogènes sur tout le département des Ardennes, cette façon de gérer en France existe par ailleurs, mais n’est pas si courante que cela. »

Sommes nous parmi les premiers à tester cette nouvelle formule ou y’a-t-il déjà eu un retour d’expérience par ailleurs ? Si oui, où, et quel est ce retour ?

« Une première vague de test a été lancée en 2011 sur le territoire national, avec environ 3 millions de personnes. Ce fut un premier test pour voir comment répondaient les centres de tri sur ces nouvelles consignes. C’était aussi l’occasion de tester les filières. Il faut savoir qu’avant toute chose, quand vous recyclez de nouvelles matières, il faut s’assurer que votre industrie du recyclage est en capacité de le faire. Les retours sont positifs et ont permis le lancement de cette nouvelle phase de test en apprenant de certaines « erreurs ». Les lieux des tests sont très variés et je ne pourrai vous les citer ainsi, mais ce sont des bouts de territoire en France dans différents milieux (grandes villes, ruralité, habitat collectif, zone touristique, etc…) »

Animaux morts, pare choc de voiture… 2500 tonnes de refus

Concernant les refus du centre de tri : de quoi s’agissait-il en particulier ? En quelle quantité ? Quelles en était les conséquences (nombre de camions annuels par exemple devant venir chercher les déchets) ? Pour quel coût ?

« Les refus de tri sont très variés, mais globalement ce sont des vêtements, des restes de repas, des couches, des équipements électriques et électroniques, des meubles, des animaux morts, des pierres, des pare-chocs de voiture, jouets en tout genre, malheureusement la liste est très longue… Nous avions en moyenne 2500 tonnes de refus entrants, ce qui correspondant à environ 18% de la quantité totale entrante sur une année d’exploitation, avec les nouvelles consignes, nous sommes descendus à environ 12% de refus entrants, soit environ 1900 tonnes projeté sur une année. Cela correspond à ce jour à environ 5 camions par semaines, soit environ 260  camions sur une année (ce sont des calculs permettant de vous donner une vision de ce que cela représente).

Répondre à une question de coûts est compliqué car si on se base sur le montage du marché d’exploitation du site, ce coût est inclus dans la prestation globale. Après si l’on parle de structure de coûts, le traitement des refus en enfouissement c’est environ 81€/t HT, et le transport il faut compter environ 30 €/t HT. » (Si mes calculs sont exacts, il s’agirait d’une économie de plus de 100.000 euros : NDLR)

Pourquoi peut-on aujourd’hui trier tous les plastiques ? Qu’est ce qui a changé dans la chaîne de tri ? Quels travaux ? Pour quel coût ? Comment les trieurs vont-ils reconnaître les groupes de plastique ?

« Nous pouvons trier car nous avons adapté la chaîne et nous percevons des soutiens financiers supplémentaires sur ces nouvelles résines, sans quoi le surcoût de traitement n’aurait pas été raisonnable. A ce jour, ces nouvelles consignes et les investissements sont couvert intégralement par les aides perçues.

Sur la chaîne nous avons des nouveaux matériaux qui arrivent (pots, barquettes, films, etc…) en terme de travaux, nous avons dû ajouter un système de captation des films dit aéraulique, un tri optique supplémentaire pour reconnaître les films plastiques. Le coût des travaux est de 950 000 € HT, autofinancé et subventionné par Eco emballages et l’Ademe (environ 65% de subvention).

Les trieurs ne peuvent pas reconnaître les différents groupes de plastiques, il y en a beaucoup trop, les produits sont de petites tailles, etc… les machines sont là pour cela, ils doivent faire confiance à la capacité de détection de la machine. Les trieurs ne doivent pas chercher si le plastique est le bon ou pas, ils doivent en définitive retirer les objets qui ne doivent pas être là. Ce sont les refus. »

Une fois triés, que vont devenir ces plastiques ?

Ces plastiques sont envoyés dans des filières de régénérations, en France et en Europe (Espagne, Allemagne, Italie, Portugal)

Qui les prend en charge ?

C’est valorplast qui prend en charge ces plastiques et qui se charge de les livrer aux filières de reprise.

Où vont-ils ? Comment ces nouveaux plastiques vont-ils être valorisés ?

Ces usines de régénération traitent les plastiques pour les transformer en petites billes qui font permettre de refaire de nouveaux produits comme des films.

Vont-ils être incinérés ? Si oui serviront-ils à produire de l’énergie ? Ou bien vont-ils être transformés ?

Les produits sont entièrement recyclés.

Le coût des déchets : 9,17 euros par habitant par mois

Il est indiqué que le processus atteindra l’équilibre financier à condition que les Ardennais s’impliquent. Quel est le coût de l’opération et combien peut-elle rapporter ? Combien rapporte le tri des plastiques jusqu’à ce jour (sans compter la perte financière due aux erreurs de tri) ?

« Il est assez compliqué de répondre à ces questions. Le tri ne « rapporte » pas de l’argent, les matériaux sont revendus, des soutiens sont versés par Eco Emballages, mais ce sont des sommes qui permettent de réduire ce que l’on doit appeler sur les factures des usagers. Le fait de trier permet aussi de bénéficier d’une disposition fiscale abaissant la TVA à 10% au lieu de 20% sur l’ensemble de la gestion des déchets.

Aujourd’hui le coût de gestion des déchets dans les Ardennes est d’environ 110 €/habitant, soit 9,17 €/ habitant par mois. Si l’on regarde ce montant pour traiter l’ensemble des déchets, c’est-à-dire la personne le dépose devant sa porte ou l’apporte dans une colonne d’apport volontaire et  tout est géré dans les règles de l’art. Je trouve le service plutôt bon marché, les gens devraient comparer aux coûts des factures énergétiques, eau, les fumeurs dépensent combien par mois, je pourrai vous donner encore beaucoup d’exemple pour recentrer le débat du coût de gestion des déchets tant décrié par les usagers mais ne prenant pas le temps de comparer tous les services entre eux. Aucun service n’est si peu cher en définitive… ».

Prochaine étape : une visite guidée du centre de tri.

Le point sur les consignes de tri.

Une réflexion au sujet de « Le tri en question avec le directeur de Valodea »

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