Archives mensuelles : décembre 2015

Cluster de bibliophiles à la librairie Arch’libris à Charleville-Mézières

IMG_5096
Chez Arch’libris, Morgane Pieters restaure des ouvrages anciens. Entre autres.

Installée depuis le début du mois de novembre au coeur de la librairie Arch’libris, place d’Arches à Charleville-Mézières, Morgane Pieters insuffle une nouvelle vie aux livres anciens. La jeune femme a créé son auto entreprise de reliure-restauration. Assez naturellement, elle a trouvé un refuge chez François Quinart qui lui a mis un espace à disposition. Elle se trouve ainsi en contact direct avec la « richesse patrimoniale écrite  » qu’elle valorise. Un échange de bons procédés.

« A notre petite échelle, nous avons la chaîne complète de fabrication d’un livre »

 « A notre petite échelle, nous avons la chaîne complète de fabrication d’un livre » se réjouit le libraire « typographie, impression, reliure » et plus encore « restauration et création artistique (et galerie d’art : NDLR)»Leur première œuvre commune est un recueil de poèmes de Luc Bérimont, dont le centenaire de la naissance était fêté cette année à la médiathèque de Sedan.

IMG_5101
Scalpel, bénédicte, loupe… quelques uns des outils indispensables.

Bibliothécaire pendant 3 ans à Amiens, après sa formation en restauration et reliure, Morgane Pieters, petite fille du sculpteur ardennais Michel Gillet, est revenue sur les terres de son enfance. « Je ne m’attendais pas à avoir autant de sollicitations », s’étonne la jeune femme qui voit passer des ouvrages variés :  bible du 17e siècle, estampe de la cathédrale Notre-Dame de Paris, et ce jour là, un vieil album pour enfant des éditions Citroën, Frismouche fait de l’auto.

Sorcellerie, école noire et école blanche

« J’étudie la structure du livre comme un archéologue : je prends des photos, des notes, j’étudie le contenu, comment le fil passe, je le redessine… » . Un travail minutieux, précis avec un brin de sorcellerie : « terre pourrie » est le nom du pigment qui permettra ce jour-là au papier de vieillir prématurément.

IMG_5104
La magie de la « terre pourrie »

Tout son art réside en sa capacité à dénaturer le moins possible l’ouvrage qu’elle doit restaurer. Entre « l’école noire » qui remplace tout ce qui est abîmé par du neuf et « l’école blanche » qui laisse tout en l’état quitte à reléguer les ouvrages dans des chambres fortes, Morgane Pieters  avance dans des nuances de gris. Sa déontologie : « Je n’enlève rien, je conserve. Et j’utilise des matériaux neutres et réversibles. Mon travail peut être démonté. L’objectif est de rendre les livres pérennes pour qu’ils puissent vivre encore plusieurs centaines d’années. » 

Vieux jouets, livres pop-up, cartes à systèmes, créations délirantes
IMG_5107
Morgane Pieters travaille à la réalisation d’un ouvrage très original avec un collectif d’artistes amiénois, La briquetterie.

Et elle a d’autres projets de restauration « les vieux jouets comme les cubes, les plateaux de jeux, les boites », et de créations, livres pop-up, cartes de voeux à système… « La reliure ce n’est pas seulement un truc de vieux. Plein de choses sont possibles, on peut aller vers des créations délirantes ». La jeune femme travaille notamment avec le collectif d’artistes amiénois la Briquetterie et devrait développer de nouveaux projets dans les Ardennes.

Lieu original et fascinant pour qui aime les livres et les arts, la maison tenue par François Quinart et avant lui son père et son grand père s’enrichit encore d’une nouvelle curiosité.