Archives mensuelles : janvier 2015

Jeudi 22 octobre l’après-midi : « Economie normative et changement climatique, ou quand la science économique a besoin de la philosophie morale ».

Résumé : Les problèmes relatifs au changement climatique ont une dimension économique évidente eu égard à leur impact potentiel sur les niveaux de vie présents et futurs. De ce point de vue, la contribution des économistes aux réflexions relatives aux moyens d’action requis pour remédier à ces problèmes semble pouvoir se réduire à une analyse coûts-bénéfices standard : les effets du changement climatique pourraient s’avérer plus ou moins désastreux pour les générations futures et toute action les atténuant s’apparente à un bénéfice pour ces dernières ; cependant, la lutte contre le changement climatique génère également un coût pour les générations présentes. Le rôle des économistes serait alors de produire un « calcul économique » objectif permettant d’aider les décideurs politiques dans leur prise de décision. Toutefois, une telle vision est fondamentalement erronée. Le changement climatique est une problématique pour laquelle il est impossible de séparer considérations positives et normatives de la sorte, et plus généralement qui nécessite que les économistes prennent position sur le plan moral. Dans la mesure où toute action présente aura un impact sur le niveau de vie des générations futures mais aussi sur le nombre et l’identité des personnes qui vivront dans le futur, de nombreuses questions morales se posent: quelle valeur doit-on accorder au bien-être d’une personne vivant dans le futur par rapport à une personne vivant dans le présent ? Le bien-être des individus est-il le seul critère pour classer les actions ? Comment doit-on intégrer le risque infime d’une extinction de l’espèce humaine ? Les générations futures ont-elles des droits, sachant que toute action présente affectera l’identité des personnes vivant dans le futur ? Ces questions et d’autres appellent à des réflexions situées à l’intersection de l’économie et de la philosophie.

Présentation : Cyril Hédoin est professeur des universités en sciences économiques à l’Université de Reims Champagne-Ardenne. Ses travaux de recherche relèvent essentiellement de la philosophie de l’économie et de l’économie institutionnelle. Il est l’auteur de l’ouvrage L’institutionnalisme historique et la relation entre théorie et histoire en économie (Classiques Garnier, 2014). Ses recherches récentes portent sur la modélisation des règles et des 7 institutions en théorie des jeux ainsi que sur la relation entre économie positive et économie normative.

Deuxième partie : table ronde : « Quelle gestion des problématiques de développement durable au niveau territorial ? » o P. Andriot (Vice-

Jeudi 22 octobre de 9 heures à 12 heures, Peut-on être contre le développement durable ? Résumé : Directement extrait du rapport Bruntland (1987), le concept de développement durable implique la satisfaction de trois champs croisés : développement économique, équité sociale, respect de l’environnement. Il est à présent solidement ancré dans le langage, qu’il 6 soit médiatique, économique, académique… Pourtant, malgré sa popularité, ou peut-être à cause d’elle, le concept de développement durable a donné lieu à un ensemble de critiques que la présente intervention envisage de présenter et discuter. Nous tâcherons d’interroger la pertinence du concept de développement durable, dans le cadre des multiples enjeux qu’il soulève, et qui dépassent largement le champ de la science économique. S’inscrivant à rebours du discours consensuel, la présente contribution vise à donner un aperçu synthétique, sans prétendre à l’exhaustivité, d’une série de critiques pouvant être adressées au concept de développement durable, et donc à mettre en discussion des éléments de sa déconstruction.

Présentation : Fabien Tarrit est Maître de conférences en économie à l’URCA. Ses travaux interrogent la nécessité d’élaborer une théorie de l’émancipation, avec un accent sur les théories marxistes et sur les théories de la justice. Il a notamment rédigé l’ouvrage Le marxisme analytique : une introduction critique (Syllepses, 2014) et traduit celui de G.A. Cohen, Si tu es pour l’égalité pourquoi es-tu si riche ? (Hermann, 2014).

Mercredi de 14 heures à 17 heures, conférence d’Hervé Lagoguey. Résumé : A partir des années cinquante, de nombreux auteurs de science-fiction ne s’intéressent plus aux étoiles et aux futurs lointains et délaissent « l’idéologie du Progrès », préférant s’inquiéter des problèmes qui guettent la planète bleue, menacée à plus ou moins long terme de devenir une véritable poubelle. Prenant le relais de certains sociologues, démographes et écologistes – quand ils ne les devancent pas – ces auteurs tirent la sonnette d’alarme, en se servant des ressorts du genre SF, qui prend toute sa valeur de littérature de veille et de mise en garde. Peinture de mondes de demain plausibles, accélération des processus et des courbes, amplification des problèmes, outrance des solutions envisagées, les risques et les dérives en tous genres sont étudiés à la loupe, dans un registre parfois satirique, souvent catastrophiste. En brossant des tableaux cauchemardesques de sociétés en proie aux pires problèmes imaginables de pollution, de surpopulation, de malnutrition, de santé, de pénurie de ressources, ces écrivains s’inscrivent dans la tradition des récits dystopiques, dont les fleurons sont 1984 d’Orwell ou Le Meilleur des mondes d’Huxley. L’aspect politique de la dystopie est toujours présent, mais les questions environnementalistes étant mises au premier plan, on parlera de dystopies écologiques, des récits plus engagés que les écofictions, œuvres plus fascinées par la catastrophe en soi.

A travers quelques exemples – dont l’emblématique Soleil vert, connu pour son adaptation cinéma – cette conférence montrera comment tout un pan de cette science-fiction d’avertissement et non de divertissement s’attache à préserver la planète à sa manière, en mettant l’imagination au service de l’environnement, sur un mode pessimiste la plupart du temps motivé par des menaces bien réelles.

Présentation : Hervé Lagoguey est Maître de Conférences en Anglais à l’URCA. En poste à l’ESPE, il donne ses enseignements à la Faculté de Sciences Economiques, Sociales et de Gestion et à l’UFR de Droit et de Science Politique. Membre du CIRLEP, ses travaux de recherche portent sur deux auteurs anglo-saxons, l’américain Philip K. Dick et le britannique James G. Ballard, et des axes thématiques qui posent la question des frontières formelles et génériques : la dystopie et l’utopie, l’hybridité, les êtres artificiels, l’interface monde virtuel / monde réel.